Les 10 meilleurs albums de 2019 selon Hip Hop Cypher
- Hip Hop Cypher

- 11 janv. 2020
- 26 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 avr. 2020

L'année 2019 vient de se terminer et nous voilà prêts à entrer dans une nouvelle décennie qui, nous l'espérons, continuera de nous surprendre et de nous offrir de belles choses musicalement parlant. C'est donc l'occasion de revenir sur cette année riche en grands moments et de vous proposer nos 10 albums favoris sortis l'an dernier. Pas d'ordre particulier dans cette liste mais que des projets de haute volée qui nous confirme que le Hip Hop n'est pas près de disparaître!
Avant de commencer, nous précisons que nous n'avons pris en compte que les "vrais" formats album, les EP ne sont donc pas considérés comme "candidats" pour cette liste (d'où l'absence de Benny The Butcher par exemple).
Rapsody - EVE

Production: Mark Byrd, Eric G, 9th Wonder, Khrysis et Nottz.
Suivre un album de la magnitude Laïla’s Wisdom (tant en qualité qu’en impact culturel) n’était pas chose aisée. On peut dire que Marlanna Evans s’en est sortie très haut la main.
Là où Laïla’s Wisdom était un hommage à sa grand mère, une femme noire que Rap’ respecte et admire, pour son projet suivant elle va pousser le curseur du respect au maximum en nommant chaque morceau après une femme noire qui a excellé dans son domaine, y compris dans la fiction comme "Cleo" qui est ni plus ni moins que le rôle que joue Queen Latifah dans Set It Off, la boucle est bouclée car on retrouve la reine Dana Owens sur "Hatshepsut".
La production de l’album est au diapason en utilisant le sampling de manière à continuer les multiples hommages, comme cette superbe utilisation de "Strange Fruit" de Nina Simone lors de l’intro nommée... "Nina".
Mais la star de l’album est et reste la plus grande rappeuse de l’histoire : Rapsody.
Elle ne cesse de progresser, de grandir et de nous émerveiller.
Dès les premières mesures nous sommes prévenus que le voyage qu’est Eve ne sera pas ordinaire :
"Emit light, rap, or Emmett Till*
I drew a line without showing my body, that's a skill
Bad to the bone and the grill You'd be dead wrong** if looks killed
I'm still on my spiel, in the spirit of L. Hill***"
*Un jeune noir de 14 ans lynché jusqu’à être totalement défiguré dans les années 50 pour soi disant avoir manqué de respect à une femme blanche.
**Dead Wrong est un morceau posthume de Biggie
***Lauryn Hill le modèle de la plupart des rappeuses dites conscientes.
Parfois un rappeur invite de nombreux confrères pour compenser son manque de talent là c’est clairement le contraire, tant chaque featuring vient et apporte sa pierre à l’édifice sans pour autant éclipser Rap’.
Notre hôte va même plus loin en invitant GZA (et D’Angelo) sur "Ibtihaj" qui utilise le célèbre sample du "Groovin’" de Willie Mitchell déjà utilisé sur "Liquid Swords".
Si vous n’avez pas encore écouté ce bijou je vous envie, mais il faut réparer l’erreur au plus vite.
Meilleurs morceaux : "Nina", "Ibtihaj" (ft. GZA &D’Angelo), "Sojourner" (ft. J.Cole), "Afeni".
Smif-N-Wessun - The All

Production: 9th Wonder & The Soul Council
Cela fait ce mois ci déjà 25 ans que Smif N Wessun ont débarqué sur la scène Hip Hop avec leur classique absolu « Dah Shinin ». Un paquet de choses sont arrivées entre la grande époque du Boot Camp Click et 2020. Ils ont sorti un album et quelques singles sous le nom Cocoa Brovaz (pour des raisons de copyright liés à la célèbre marque d’armes Smith & Wesson), ont été témoins du déclin de la domination New Yorkaise, récupéré leur nom, perdu leur collègue et ami Sean Price et enchaîné les projets qui de manière générale ont toujours été au minimum correct, et au mieux excellent comme le dernier album qu’ils avaient sorti en 2011 avec Pete Rock. « The All » marquait donc leur retour 8 ans plus tard. Et force est de constater que les vétérans de Brooklyn n’ont rien perdu de leur talent!
Avec cet album, Tek et Steele réussissent là où beaucoup d’anciennes gloires des années 90s échouent: garder leur identité old school tout en évitant de sonner has been et coincés dans leur âge d’or.
Ici, les thèmes sont souvent intimes et introspectifs. Les 2 MCs n’hésitent pas à parler de choses personnelles qui leur tiennent à coeur comme sur « Dreamland » ou « Letter 4 U » où ils s’adressent directement à leurs proches.Steele en parlant à sa maman nous fait d’ailleurs comprendre que la vie de star qu’on imagine parfois pour ces artistes n’est pas vraiment réaliste:
Dear mama, I wrote you a letter, did you get it?
I hope you read it, love is the message
It hurts to see you working so hard, wish I could do more
Me and Tek back in the yard working on new songs
Stayed in my corner making sure they did no harm when
I was out on the corners, couldn't do no wrong
You smiled when your first born had his first born
I made the beat cry when I put the verse on
(Chère Maman, je t’ai écrit une lettre, l’as tu reçu?J’espère que tu la liras, le message est rempli d’amour
Ça me fait mal de te voir travailler si dur, j’aimerais tant pouvoir faire plus
Tek et moi sommes de retour travaillant sur de nouveaux sons
Tu es toujours restée dans le coin t’assurant que personne ne me faisait de mal
Quand j’étais au coin de la rue
Tu as souris quand ton premier né a eu son premier né
J’ai fait pleuré le beat en y mettant ce couplet)
Tek conclut le morceau en parlant de manière touchante à son fils:
Everybody say you look just like me, you got my features
As a black man, I have so much to teach ya
I'ma give ya this one jewel
We're descendants of kings and you'll be one soon
You ain't gotta rush, set your own pace
Life is a journey, it is not a race
So rumble, young man, rumble
I know you not a kid anymore but daddy still love you
(Tout le monde dit qu’on se ressemble comme 2 gouttes d’eau, tu as mes traits
En tant qu’homme noir, j’ai tellement à t’apprendre
Je te donne ce joyau
Nous descendons des rois et tu en seras bientôt un
Ne te presse pas, va à ton rythme
La vie est un voyage, pas une course
Alors gronde, jeune homme, gronde
Je sais que tu n’es plus un enfant mais Papa t’aime toujours)
Sur « We Good » on les retrouve faisant une espèce de réflexion sur leur vie et les choix ou erreurs qu’ils ont pu faire au cours de leur parcours. Steele explique en particulier son état d’esprit et son envie d’avancer dans la vie et d’évoluer comme un homme mature contrairement à d’autres qui refusent de grandir:
I wake up in the morning, give thanks for light
Chant a song, meditate on life
Each day, different challenge we endure these fights
Elevate to different levels, we enjoy these heights
Since a young teen learned to use the flow
Some stay stagnant, refuse to grow
The god Rakim told us to know the ledge
Mine change when I decided to grow my dreads (…)
Lot of blood, sweat and pain so you know my strength
Growth and development, my niggas secure
We don't play that dumb shit no more, nigga mature
(Je me suis réveillé ce matin, reconnaissant de voir la lumière
Chante une chanson et médite sur la vie
Chaque jour est un challenge différent, on endure les batailles
On s’élève à d’autres niveaux, on apprécie ces hauteurs
Depuis adolescent j’ai appris à utiliser ce flow
Certains restent stagnants refusent de grandir
Le Dieu Rakim nous a dit d’avoir la connaissance
Les miennes ont changé depuis que je me suis laissé pousser mes dreads (…)
Beaucoup de sang, sueur et douleur donc tu as une idée de ma force
Croissance et développement, mes n***** sont en sécurité
On ne fait plus ce genre de conneries, on est devenu mature)
Cependant leur penchant pour l’égotrip qui a fait les beaux jours du Boot Camp il y a 25 ans ne les a pas quitté non plus.Sur « Let It Go » ils rappellent aux concurrents qu’ils sont toujours là pour mettre des coups de Tim Boots, tout en faisant un big up à leur « frère » disparu Sean P:
I walk around town with the crown, I'm a king
Booth or stage on my square, like a fighter in a ring
Tyson was Price, I’m Mic Mayweather
These rappers is nice, I write way better
(Je fais le tour de la ville avec la couronne , je suis un roi
Bien en place dans la cabine ou sur scène comme un combattant dans le ring
Tyson était Price, moi c’est Mic Mayweather*
Ces rappeurs sont bons, mais j’écris bien mieux)
*Sean Price avait appelé l’un de ses album « Mic Tyson » en faisant un jeu de mot avec le mot « mic (micro) » et l’ancienne légende de la boxe Mike Tyson. Ici Steele fait le parallèle en se surnommant Mic Mayweather en référence au champion Floyd Mayweather.
Pour ce qui est de la production, elle est entièrement réalisée par 9th Wonder et le Soul Council. Et le travail est remarquable, 9th arrive clairement à créer une vibe qui correspond bien aux Cocoa Brovaz. Comme je le disais au début de l’article, l’influence est bien 90s mais à aucun moment nous n’avons l’impression qu’ils essaient de recréer la grand époque du boom bap New Yorkais.
La liste des invités est assez restreinte, puisque les seuls MCs invités sont GQ, le surprenant Rick Ross qu’on attendait pas vraiment sur un projet comme celui ci, la toujours excellente Rapsody et l’éternel Raekwon. Ce qui fait que les principaux protagonistes ont toute la place nécessaire pour imposer leur style.
On se retrouve au final avec un projet très solide qui ne tire pas sur la corde de la nostalgie et qui saura satisfaire les anciens comme les nouveaux auditeurs.
Meilleurs morceaux : « Let It Go », « Letter 4 U » ( ft. SmittytheCAINSMITH), « Let Me Tell Ya » ( ft. Rick Ross), « Stahfallah ».
Skyzoo & Pete Rock - Retropolitan

Production : Pete Rock
Skyzoo aime s’associer avec de gros producteurs sur des projets entiers. En 2006 ce fut avec 9th Wonder pour Cloud 9 : The 3 Day High, en 2011 avec Illmind pour Live From The Tape Deck, puis en 2016 ce fut Apollo Brown et son boom bap teinté de soûl pour The Easy Truth. Pete Rock est une légende qui retrouve son inspiration et son lustre d’antan, il était donc écrit qu’ils s’associent pour un album rendant hommage au boom bap New Yorkais des années 90.
La nostalgie de ces mêmes années 90 peut parfois se mélanger avec du mépris pour le Hip hop contemporain, rien de tout ça ici.
Skyzoo est un brillant rappeur avec un "pen game" précis. Ses références sont multiples et parfois complexes. Ses doubles sens demandant souvent plusieurs écoutes pour les comprendre :
"From where the dialect is the duffle bag that youʼre gunning for And if they handing you one then they scratched the numbers off" ("It’s All Good").
(Gunning for/scratched the numbers off).
(Du coin où le dialecte est le sac de sport que tu cibles
et si ils te le donnent c’est qu’ils ont effacé les numéros de série)
Gun = pistolet, un pistolet a des numéros de série, si on les efface c’est pour éviter qu’ils soient traçables par la police.
"It’s All Good" est aussi un morceau où Sky nous parle d’une "expérience" qu’il a eu avec la police, évidemment c’était pas positif...
L’ironie du titre est parfaite.
"And itʼs still to my man Stack Bundles God bless your life
And my man Chinx also, word to the way the law rolled
On me when I was leaving your service and they had all those tools drawn like “yo donʼt move par!
You look like you move raw, with all of them jewels on”
(Et c’est toujours pour mon gars Stack Bundles dieu bénisse ta vie,
et aussi pour mon gars Chinx, incroyable comment la loi s’est attaquée à moi,
quand je quittais tes funérailles, ils avaient tous leurs flingues dégainés en mode "ne bouge pas mec,
on dirait que tu deales de la pure avec tous ces bijoux")
Une constante des années 90 étaient les posse cuts, Skyzoo ne s’y trompe pas et nous offre en deuxième single le superbe "Eastern Conference All Stars" en compagnie de Elzhi, Benny The Butcher, Conway et Westside Gunn. Aidés par les trompettes triomphantes de Pete Rock le 5 majeur de l’Est nous régale par ses rimes référencées NBA et hustle.
"I weighed the raw, I linked in Baltimore to cop it
It ain't no ice, leave the cold water on the locket
Yeah, now it's Audemar the watches
50 pointers like Harden for the Rockets" (Conway)
(J’ai pesé la pure, me suis connecté à Baltimore pour la récupérer,
pas de glace, je laisse le froid hiver sur le médaillon,
ouais, maintenant les montres sont des Audemar,
des matchs à 50 pts comme Harden pour les Rockets).
Tout classique qui se respecte se doit d’avoir une outro de haut niveau, et là Skyzoo gagne encore une fois, haut la main.
"The Audacity Of Dope" se compose d’un seul long couplet. Skyzoo nous fait visiter son Brooklyn, celui qui est victime de gentrification. Avec sa fabuleuse éloquence, il parle d’espoir, de nostalgie, de son enfance à shooter jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses "jumpers". Et de son envie de rendre le quartier aux siens.
"And the way that it rides, I'm just taking what's mine
But forgive me for tryna steal honor like Killmonger
Praise due to the corner stores that I'm still part of
And for me being able to come home to my real father
All of this was said one way or another"
(Et la façon dont ça se joue, je veux juste prendre ce qui est à moi,
mais excuse moi de vouloir voler l’honneur comme Killmonger,
dédicace aux supérettes de coins de rue dont je suis toujours client,
et à moi qui suis toujours capable d’aller voir mon vrai père,
tout ça fut dit d’une façon ou d’une autre).
Skyzoo est pour moi l’un des meilleurs MC’s de la génération intermédiaire, il assoit sa position avec cet album, quant à Pete Rock, sa réputation n’est plus à faire.
Meilleurs morceaux : "It’s All Good", "Eastern Conference All Stars" (ft. Elzhi, Benny The Butcher, Conway & Westside Gunn), "The Audacity Of Dope", "Penny Jerseys".
YBN Cordae- The Lost Boy

Production: YBN Cordae, Bazexx, Bongo ByTheWay, Cardiak, CoopTheTruth, Flippa, G Koop, Grandma, illuid.haller, J. Cole, Kid Culture, Maneesh, MixedbyAli, Nils, Rasool, Russ Chell, Slim, Smoko Ono, Take a Daytrip & Terrace Martin
Sortir un premier album est souvent l’étape la plus importante d’une carrière. Rare sont ceux qui ont eu le droit à un deuxième essai suite à un premier projet raté, et se faire une nouvelle réputation est très difficile. YBN Cordae fait partie de ces jeunes rappeurs qui ont parfaitement réussi leur coup d’entrée de jeu. A seulement 21 ans lors de la sortie de son opus, il fait déjà preuve d’une maturité impressionnante et propose un univers artistique qui lui est propre.
Les productions sont superbement bien choisies et les collaborations sont triées sur le volet. Que cela soit à coté de la relativement « nouvelle sensation » Chance The Rapper ou du vétéran Pusha T, Cordae paraît totalement à l’aise et performe comme s’il avait déjà 20 ans de carrière (en rap comme en chant d'ailleurs). Le premier morceau « Wintertime » nous offre tout de suite une bonne idée du monde musical présent sur « Lost Boy ». La production chaude et mélodique de Cardiak permet au MC d’enchaîner les punchlines et wordplay tout en nous laissant entrevoir sa personnalité et ses démons:
"I was lost like Dory, but I'm finally found
Was addicted to the Xans to calm anxiety down
And I never would admit because society clowns
Any nigga with a problem, they can't quiet me now, nigga"
(J’étais perdu comme Dory, mais j’ai fini par me trouver
J’étais accro au Xanax pour calmer mon anxiété
Je n’osais pas l’admettre car la société se moque toujours
Des n****s qui ont un problème, mais maintenant ils ne peuvent plus me faire taire)
Tout au long de l’album, YBN n’hésite pas à explorer plusieurs thèmes comme les relations amoureuses sur « Thanksgiving », les liens familiaux sur « Family Matters » ou encore l’impact des réseaux sociaux dans « Thousand Words ». Mais il parle surtout de ses démons qui sont éparpillés un peu partout dans ses rimes et surtout dans « Nightmares are Real » où il évoque par exemple la mort de sa grand mère ou la manière dont il s’est retrouvé à la rue.
Musicalement, les productions forment un ensemble très cohérent tout en explorant des directions différentes. On peut passer d’un titre très soulful (Bad Idea) à un beat plus « Trap » (Broke As Fuck), et le titre RNP (Rich N***a Problem) avec Anderson .Paak est une vraie tuerie funky (produite par J. Cole) ou les 2 artistes font un passe-passe sur tout le morceau avec une fluidité et une alchimie tellement forte qu’on aimerait presque les voir enregistrer un album entier ensemble!
En Bref, après un premier essai si réussi, nous sommes persuadés qu’un bel avenir est promis à ce jeune artiste, et nous avons hâte de découvrir ses prochaines offrandes!
Meilleurs morceaux : "Bad Idea" (ft. Chance The Rapper), "RNP" (ft. Anderson .Paak), "Broke As Fuck", "Nightmares Are Real" (ft. Pusha T), "Family Matters" (ft. Arin Ray).
Little Brother - May The Lord Watch

Production : Khrysis, Nottz, Focus, Phonte, Black Milk, etc...
Au début des années 2000 Little Brother avait initié une sorte de revival, le style "Beats rhymes and Life" de A Tribe Called Quest et des Natives Tongues avait trouvé ses dignes héritiers. The Listening fut un "underground classic" instantané. Deux plus tard, après leur signature chez Atlantic, ils nous sortent un autre classique : The Minstrel Show. Suite à cet album, les problèmes ont commencé avec le départ de 9th Wonder. Ils continuent à sortir des projets (en groupe) mais la magie n’est plus là. Phonte et Big Pooh continuent de sortir des albums solo de qualité, mais rien ne nous avait préparé à un autre album des deux ensembles.
L’année 2019 aura vu deux albums miracles. Le Gang Starr et donc celui-ci.
Dès le premier morceau ("The Feel") l’impression de se sentir à la maison en Caroline du Nord, est là :
"The lost days of my hazy youth, where I paid my dues
And my n...s used to raise the roof
And move units outside of state on some real independent shit
Straight out the trunk like Rae Carruth
Haha! Look what they made me do" (Phonte)
(Les jours perdus de ma jeunesse floue, où j’ai fait mes classes,
Et où mes potes mettaient le feu,
Et vendaient des disques dans un autre état en mode indépendants,
Directement sortis du coffre comme Rae Carruth*
Ah ah ! Regardes ce qu’ils l’ont fait faire)
*Rae Carruth fut un joueur des Carolina Panthers, il purgea une peine de 19 ans de prison pour tentative de meurtre sur sa petite amie enceinte. Il essaya d’esquiver la prison en s’échappant dans le Tennessee où il fut arrêté dans le…coffre d’une voiture.
Le style Little Brother c’est le "every man’s life", en gros ils parlent de la vie des gens normaux. Pas de deals de drogue, pas de violence, rien de tout ça.
Sur « Sittin’ Alone », un des meilleurs sons du projet, ils nous parlent du temps qui passe et de ses effets.
"Now I'm on Instagram, damn, they havin' a ball
That was me, once upon a time
Back in my prime now I'm happy to fall
Fast asleep, sound of rain on repeat" (Big Pooh)
(Maintenant je suis sur Instagram, punaise, ils ont l’air de s’amuser,
Ça c’était moi, il y a quelques temps,
Quand j’étais au top de ma forme, maintenant je suis juste content de m’endormir rapidement,
Le bruit de la pluie sur repeat)
Les enfants sont aussi une mesure du temps qui passe, Phonte sur le deuxième couplet nous raconte comment un ami à lui le lui a rappelé, non sans humour, un autre trait de LB :
"My man hit me up and said
"Tonight, dawg, we celebratin', my son is goin' to college"
I said, "Congratulations"
He said, "Nah, you don't get it, it's two graduations
Him from high school and me from child-support payments" (Blackness)
So happy 'cause his check no longer gettin' garnished"
(Mon pote m’envoie un texto et me dit
"ce soir on fait la fête, mon fils va à l’université",
je lui ai dit "félicitations",
il me répond "non tu comprends pas, il y’a deux remises de diplômes,
lui du lycée moi de la pension alimentaire", (Negritude)
Tellement heureux que son chèque ne soit plus garni).
Sur "Black Magic (Make It Better)" les deux Mc’s célèbrent le succès afro-américain dans son ensemble. L’instru soulful et le refrain de Madison Mcferrin nous transportent littéralement.
"Goodmorning Sunshine" explore le thème déjà abordé par Common sur "I Used to Love Her" à savoir la relation amoureuse en personnalisant le Hip hop.
Les interludes sont tous très bien faits et surtout ils ne freinent pas le rythme de l’album, mieux encore ils sont très drôles, comme sur le magique "N...s Hollering" où il y a un débat sur le GOAT de la NBA :
"Look, basketball is for grown folks, because grown folks know that the best player in NBA history...
Of course you gon' say Jordan
...is Michael Jeffrey Jordan
Oh hell nah, y'all don't know (MJ?) nothing 'bout no basketball
The best player of all time is Kareem Abdul-Jabbar
Kareem Abdul-Jabbar?
The man was blind, he was on the court wit' glasses on
Goggles Kareem?
That's how he made the sky hook, he thought it was ten niggas guardin' him, so he went over the top"
(Écoutes, le basket c’est pour les adultes, ils savent très bien que le meilleur basketteur de l’histoire
-Bien sûr que tu vas dire Jordan
...Est Michael Jeffrey Jordan
-Oh putain non, tu connais (MJ ?) rien au basket
Le meilleur basketteur de tous les temps est Kareem Abdul Jabbar
-Kareem Abdul Jabbar ?
Le mec était aveugle, il était sur le terrain avec des lunettes
-Kareem le bigleux ?
C’est comme ça qu’il a créé le bras roulé, il croyait qu’il était défendu par 10 mecs donc il a shooté par dessus).
Little Brother nous fait du bien, leur retour lui même, et leur joie (qui s’entend) de se retrouver. Un album aussi surprenant par sa
Meilleurs morceaux : "Sittin’ Alone", "Black Magic", "The Feel".
Apollo Brown - Sincerely, Detroit

Production : Apollo Brown
Y a t-il un producteur plus prolifique qu’Apollo Brown durant la dernière décennie? Je ne pense pas. Surtout en maintenant un niveau de qualité aussi élevé sur chaque projet. « Sincerely, Detroit » est le 19e (!!!) album auquel participe Brown depuis 2010, et il arrive en sorte d’apothéose grandiose dans laquelle il invite une cinquantaine de MCs, tous originaires de Motor Town, à venir poser leurs rimes et célébrer leur ville natale.
Soyons clair dès le début, chaque instrumentale sur cette album est une bombe! Apollo continue de dénicher de superbes samples qui, une fois passés par son sampleur magique, se transforment en boom bap fait dans la plus pure tradition.On parle de Detroit, donc je suppose qu’une grande partie des auditeurs s’attendent à voir Eminem dans le tracklist mais ce n’est pas le cas. Peut être pour démontrer qu’une « autre scène » existe dans le « D », la majorité des MCs présents ici ne seront pas connus du grand publique, mais ils sortent tous leur A-Game, bien décidés à montrer que n’avoir aucun un single numéro 1 au billboard n’a rien à voir avec avoir du talent:
I'm one of the hardest artists you probably never even heard of
But when I spit people scream bloody murder
Detroit blueprint, my stats is unreal
Apollo laced the track, I hit him back and said done deal
(Je suis l’un des artistes les plus forts dont tu n’as probablement jamais entendu parler
Mais quand je rappe les gens crient au meurtre sanglant
Le plan vient de Detroit, mes stats paraissent irréelles
Apollo s’est occupé du beat, j’ai répondu à l’appel en disant marché conclu)
Phat Kat - Can’t Lose
Sur cet album je ne vais pas trop m’attarder sur les lyrics car la « véritable » star de l’album est bel et bien la musique en elle même. Apollo réussit ici à se transformer en véritable chef d’orchestre. Il contrôle parfaitement la direction de son projet en réunissant toutes les générations de Detroit pour un résultat parfaitement homogène. Le moindre détail est soigné, que cela soit dans le choix des rappeurs présents sur chaque morceau, l’enchainement des chansons, le choix des beats, ou même les scratches millimétrés éparpillés sur l’album.
Phat Kat termine son couplet sur « Can’t Lose » en disant « je te garantis que le MC préféré de ton MC préféré me connait ». Cette phrase résume un peu mon état d’esprit face à cet album car cela s’applique bien à la carrière d’Apollo Brown. Il n’est peut être pas aussi connu qu’un Dr. Dre ou un Pharrell mais soyez sûr que votre producteur préféré le connait et que toutes les Hip Hop heads sont à l’affut dès qu’il sort un projet. Il est la preuve que le Boom Bap de qualité est très loin d’être mort, et on ne peut donc que vous conseiller de vous jeter sur « Sincerely, Detroit », vous ne serez pas déçu!
Meilleurs morceaux : « God Help Me », « Never », « All Day », « Can’t Lose ».
Add-2 - Jim Crow: The Musical

Production : ADD-2
Après deux albums chez Jamla, le label de l’ex Little Brother 9th Wonder, il sort celui ci en indépendant.
Et quel album ! Ce LP est nécessaire. Important. Rare. Puissant.
Le titre, inspiré par les lois "Jim Crow" qui désignaient les lois ségrégationnistes du Sud des USA, nous annonce vers quel monde nous embarquons.
Maintenant attention, avoir une brillante idée en musique (le concept de l’album) est une chose, l’exécuter à la perfection en est une autre. Et là le MC / producteur provenant de Windy City gagne aussi.
Le concept est simple : l’album est vu comme une comédie musicale narrée par Kadeem Hardison.
L’un des meilleurs morceaux de l’album est "3 Fifs" dont le titre nous donne une leçon en histoire afro-américaine et donc par conséquent et malheureusement sur l’esclavage : les 3 fifs étaient un accord immonde entre les états du Sud (ceux qui désiraient conserver l’esclavage) et ceux du Nord (abolitionnistes) des USA pour que, et ce pour les taxes sur la population dans chaque état, soit à un prorata de 3 personnes libres pour 5 esclaves.
"I ask myself “How you deal with this?” White folks getting mad They see us kneeling not them killing us, how real is this? Can’t stand it when you standing on your own two Acting like they own you Francis Scott Key owned slaves and Jerry Jones too
(Je me demande "comment tu fais face à ça ?" Les Blancs sont en colère
Ils nous voient poser le genou* à terre mais ils ne voient pas quand ils nous assassinent, est ce que tout cela est pour de vrai ?
Ils ne supportent pas de nous voir debout
Agissant comme si ils nous possédaient
Francis Scott Key^ possédait des esclaves et Jerry Jones**aussi)
*Des joueurs de NFL posent le genou en protestation des violences policières, le premier à l’avoir fait étant le banni de la ligue de foot us Colin Kaepernick
^Francis Scott Key est l’auteur des paroles de l’hymne national américain
**Jerry Jones est le propriétaire de la franchise de NFL des Dallas Cowboys qui a fait savoir sa position sur les joueurs de son équipe qui poseraient le genou pendant l’hymne : il les virerait sans ménagement.
Les thèmes de l’album sont les violences policières comme sur "Hashtag" :
"My cousin wanted me to teach him to drive,
I said "no", because I want to keep him alive"
(Mon cousin m’a demandé de lui appendre à conduire,
Je lui ai répondu "non" parce que je veux qu’il reste en vie).
Aussi poignant que fort.
L’amour sur "Jump The Broom".
L’autodétermination sur "Git Your Hands Out My Pocket"
"Sick as sickle cell, the flow is ice but I ain't slipping yet
Anybody thinking they could write with me's getting left
Boy, better chill wit your weak ass
I'm watching all the games they playing like a league pass"
(Malade comme la drépanocytose*, le flow est de la glace mais je n’ai pas encore glissé
Quelqu’un pensant écrire aussi bien que moi est laissé de côté
Mec, tu devrais te calmer, tu es trop faible
Je vois tous les jeux auxquels ils jouent comme sur league pass**)
*la maladie avec laquelle a vécu Prodigy de Mobb Deep toute sa vie
**le service qui permet de voir tous les matchs de la NBA.
La beauté des cheveux crépus sur "Nappy Hair".
L’album est composé d’interludes tous brillants, l’un d’entre eux possède une citation aussi brutale que probablement vraie : "être afro-américain c’est être africain sans l’Histoire et américain sans les privilèges" ("You’re Different skit").
J’ai découvert cet album vers la fin de l’année, je l’ai aimé dès la première écoute. Faites vous plaisir et écoutez le.
Meilleurs morceaux : "3 Fifs" (ft. Accapella), "Git Your Hand Out Of My Pocket", "Fear Of God".
Griselda - WWCD

Production: Daringer & Beat Butcha
Si vous prêtez attention à la scène underground depuis quelques années, les membres qui constituent le trio Griselda ne sont plus vraiment à présenter. Westside Gunn, Conway The Machine et Benny The Butcher n’arrêtent pas de nous envoyer des projets plus violents les uns que les autres et ont pris d’assaut les dernières années de la décennie. Après avoir reçu des « co-sign » de plusieurs mastodontes du Hip Hop comme Jay-Z, Eminem, Raekwon ou Drake, nous attendions qu’ils publient enfin leur premier album en commun. C’est maintenant chose faite avec WWCD (What Would Chine Gun Do), dont le titre rend hommage à Chine Gun, demi frère de Benny et cousin de Westside Gunn, qui s’est fait assassiné avant de voir le succès de son crew.
Autant le dire tout de suite, la qualité est au rendez vous. Dès le premier morceau de l’album (après l’intro) le ton est donné! Du pur « grimey rap » sur des beats sombres et sales signés Daringer et Beat Butcha. Les histoires de street et de gangster s’enchainent et on a l’impression de revenir aux heures de gloire du Hip Hop New Yorkais où la dureté de Brooklyn croisait les samples sinistres de Queensbridge. Benny n’hésite d’ailleurs pas à faire un clin d’oeil aux légendes de l'époque, comme ici au crew de Shaolin sur « Scotties »:
I remember listenin' to Wu in '95 (Five)
Got my first strap from Conway in '99 (Nine)
Paper, I was tryna find, that summer, I learned how to ride
Get in one shootout and my homie quit on me and got a job (You pussy)
(Je me souviens quand j’écoutais le Wu en 95
Conway m’a donné mon premier flingue en 99
L’argent, je le cherchais partout, cet été j’ai appris à faire le taf
Je me suis retrouvé dans une fusillade et mon pote m’a lâché pour trouver un job, cette mauviette!)
Mais attention, ici pas de fausse nostalgie d’une époque révolue, Griselda rappelle bien l’âge d’or de la East Coast, mais ils arrivent avec un style qui leur est totalement propre sans essayer de devenir les nouveaux Wu Tang ou Mobb Deep. Et il faut avouer que le travail musical des 2 architectes sonores joue un rôle important dans l’identité du groupe. Les beats, tous réalisés sans aucun sample, sont parfaits pour les 3 MCs qui lâchent leur rimes avec une assurance et une arrogance certaine:
I came up hustlin' the stuff that you snort
Them niggas sneak dissin' me, that's nothin', of course (That's light)
'Cause I can have them niggas clipped like it's nothin', of course (Hah)
Rock this designer shit, she wanna know what this shit cost
I told her all you need to know is you fuckin' a boss (Haha)
(J’ai fait mon chemin en vendant ce truc que tu sniffes
Ces né**** qui me manquent de respect indirectement ne sont rien bien sûr
Car je peux les découper sans me fatiguer bien sûr
Je porte que des vêtements de grands designers, elle veut savoir combien ça coute
Je lui réponds que tout ce qu’elle doit savoir c’est qu’elle baise avec un boss)
Conway sur « May Store »
Got all eyes on us, can we chill?
Eatin' with snakes'll probably get him killed
'Cause trust me, every family had a Henry Hill (What else?)
And every man don't got a Benny skill (Nah)
(Tous les regards sont sur nous, peut on être tranquille?
Si tu manges avec les serpents, tu finiras surement mort
car crois moi chaque famille possède son « Henry Hill »
Et ce n’est pas tout le monde qui a le talent de Benny)
*Henry Hill est le personnage du film « Les Affranchis » qui travaillera avec le FBI en devenant une balance
Chacun des 3 rappeurs brillent sur le projet, et à aucun moment on a l’impression que l’un d’eux essaie d’attirer l’attention plus que les autres. Il y a une vraie cohésion entre eux et chacun ramène son meilleur niveau. Du côté des featurings, c’est assez restreint, on retrouve Eminem sur le remix bonus de « Bang » et un 50 Cent en forme sur « City On The Map » qui nous rappelle qu’il peut encore sortir des couplets de qualité.
Si vous avez grandi avec, ou si vous êtes amateur du son brut qui a fait les beaux jours du rap New Yorkais dans les années 90 et début 2000, on ne peut que vous conseiller de vous procurer rapidement cet album (ainsi que les autres projets de leur discographie)! Vous ne serez pas déçus par le travail de ce groupe qui reprend le flambeau, tout en réinventant le style à leur manière!
Meilleurs morceaux : « Chef Dreds », « Freddie Hotspot », « Dr. Bird’s », « City On The Map » (ft. 50 Cent).
Freddie Gibs & Madlib - Bandana

Production : Madlib
Est il possible de capturer la foudre deux fois ?
Freddie Gibbs et Madlib avaient réussi à le faire une première fois en 2014 quand ils ont sorti leur premier projet commun, le superbe "Piñata".
Et bien la réponse est un cinglant oui.
Ils ont changé le processus d’enregistrement en allant au studio ensemble, le résultat est un compromis entre les deux, mais aucun sur la qualité et la forme. Madlib utilise toujours des samples de geek obsessionnel et Gangsta Gibbs, et bien, est toujours le... Gangster mais il n’est pas que cela.
Par exemple sur "Practice", une référence à Allen Iverson (une liste des références NBA mérite d’être écrite, elle sera faite par votre serviteur), Mr Gibbs passe à confesse au sujet de la relation extra conjugale qu’il a eu avec une strip teaseuse, le tout sur un instru tendre et soulful :
"Yeah, yeah, my n...a, I went T-Pain for her
She 'bout to get off work at the club, I used to wait for her
Fucking up my whole family structure to clear the day for her
When I was going through problems at home, I should have prayed more
Dear Lord, but I didn't
So I'm tangled in this position
Made a commitment to both of these women and never considering both of they feelings
I got too deep so after I beat I should've just deaded it from the beginning"
(Ouais ouais, poto, j’ai fait une T Pain*pour elle,
Elle est sur le point de finir au taf, je l’attendais
Je niquais totalement ma structure familiale pour être avec elle,
Quand les problèmes ont surgi à la maison, j’aurai dû prier plus,
Oh Seigneur, mais je ne l’ai pas fait
Alors me voilà coincé dans cette situation
Je me suis engagé envers ces deux femmes
Et n’ai jamais considéré leurs sentiments à toutes les deux
Je me suis trop investi, j’aurai dû finir la relation direct après l’avoir baisée, dès le départ)
*T Pain a sorti un son appelé "In Love With a Stripper"
Gibbs fut emprisonné pendant l’écriture de cet album, des charges d’agression sexuelle qui ont été abandonnées faute de preuve menaçaient la liberté du rappeur de Gary, Indiana.
Cet épisode l’a affecté et lui a donné un sens de l’urgence, mais aussi une envie de profiter de la vie, sans se prendre la tête, exemple sur le dernier morceau: "Soul Right" :
"East side boy, my mama was the mail lady (Yeah)
Brother and my sister got degrees but I got the yayo, baby (Yeah)
Had to beat my case, I can't turn Irie to a jail baby"
(East Side Boy, ma mère était la postière (ouais)
Mon frère et ma sœur ont des diplômes, moi j’ai la dope, bébé (Ouais)
Il fallait que je gagne l’affaire, pouvais pas faire d’Irie un bébé qui va en prison voir son père"
Les invités sont peu nombreux mais viennent tous avec leur A Game, comme King Push (l’invité le plus logique de tous sur un album de Freddie Gibbs) sur "Palmolive", où il sort l’un des meilleurs couplets de l’année 2019, extrait :
"Way more chemical than political
PTSD from what I weighed on the digital
It was snowfall and Reagan gave me the visual
Obama opened his doors knowing I was a criminal
I took a risk, I took a brick"
(Beaucoup plus chimiste que politique,
Syndrome post traumatique venant de ce que je pesais sur la balance,
Ce fut des chutes de neige, Reagan* donna le visuel,
Obama ouvra ses portes** en sachant que je fus un criminel,
J’ai pris un risque, j’ai pris une brique***)
*Reagan serait impliqué dans le traffic de crack et de cocaine par ses relations avec Iran-Contra
**Obama a invité beaucoup de rappeurs à la Maison Blanche pendant ses deux mandats de 4 ans
***une brique est un kïilo de cocaïne
L’enfance de Gibbs ne fut pas rose non plus, il nous conte dans "Situations" comment il a vu son oncle faire un carnage dans une salle d’arcade alors qu’il n’était encore qu’un enfant, on peut encore sentir sa terreur quand il raconte ça en quelques mesures :
"1989, I seen a n..a bleed
Uncle stabbed him in the neck and hit his knees
Turned the arcade to a stampede
I was playin' Pac-Man, Centipede
Put me on some shit I never should've seen
Robbin', killin', drug dealin' in my genes"
(1989, j’ai vu un mec saigner
Mon oncle l’a poignardé dans le cou, l’a frappé dans les genoux,
A la salle d’arcade ce fut la panique,
Je jouais à Pacman, Centipede
Il m’a montré des trucs que j’aurai jamais dû voir,
Braquer, tuer, dealer est dans mes gênes)
Madlib et Freddie Gibbs ont réussi l’impensable, faire aussi bien voire mieux qu’en 2014. On ne va pas parler de miracle, deux autres albums de l’année 2019 méritent ce terme pour des raisons qui leur sont propres, mais que ça fait du bien d’entendre un projet de cette qualité.
Meilleurs morceaux : "Half Manne, Half Cocaine", "Palmolive" (ft. Pusha T & Killer Mike), "Education" (ft. Black Thought & Yasiin Bey), "Giannis" (ft. Anderson.Paak), "Fake Names", "Gat Damn".
Gang Starr - One Of The Best Yet

Production: DJ Premier
Gang Starr. Un nom qui inspire le respect chez n’importe quelle « hip hop head » à travers le monde. Pendant une petite quinzaine d’années, le groupe s’imposera comme un groupe qui ne fera aucune concession, commercialement parlant, en sortant 6 projets salués aussi bien par la critique que par les fans. Arrive alors le 19 Avril 2010, date à laquelle Guru perdra sa bataille face au cancer, laissant la communauté entière en deuil. Depuis, nous pensions donc que jamais nous n’aurions la chance de réentendre la voix du « monotone king » sur les beats de son comparse DJ Premier.
C’est donc surexcités que nous avons appris que Preemo s’était procuré des sessions studio inédites que son ancien partenaire avait enregistré dans la deuxième moitié des années 2000, et qu’il travaillait sur un nouvel album du groupe. Même si la nouvelle nous remplit de joie, on pouvait redouter que la manière dont allait se faire ce projet aurait pu se faire sentir à l’écoute des chansons en perdant l’alchimie du duo.
Nos peurs seront effacées dès le premier single « Family & Loyalty » (avec un grand J. Cole)!!
DJ Premier se transforme en magicien en donnant l’impression que le morceau a vraiment été créé en studio avec Guru. Et cette impression se confirme tout au long de l’album. On retrouve parfaitement la touche qui a fait leur succès : un flow calme et précis, des rimes incisives et des beats imparables dont seul le DJ légendaire a la recette. Les choses sont claires dès le début de l’album. Après une intro nous rappelant les plus grands classiques de Gang Starr, la rythmique fracassante de « Lights Out » vient ravager nos speakers et M.O.P., en grande forme, viennent se joindre à la barbarie pour notre plus grand plaisir.
Sur Bad Name, le second single, Guru parle de l’évolution du Hip Hop, et même si les lyrics ont été écrits il y a une décennie, ils résonnent toujours parfaitement dans l’époque actuelle:
Nowadays it's like everybody's losin' it
Instead of them preservin' this gift, they're all abusin' it
It's mad drama, they want us reachin' for the llamas
Causin' hysteria, the new hip-hop criteria
(Aujourd’hui c’est comme si tout le monde perdait la tête
Au lieu de préserver leur don, ils en abusent tous
Que du drame, ils veulent tous qu’on sortent les armes
Créer l’hystérie, c’est le nouveau critère pour faire du hip-hop)
Les collaborations sont également parfaitement choisies et se fondent totalement dans le projet sans qu’on ait l’impression une seconde qu’elles sont là pour combler un éventuel manque de couplet du MC de Boston. On retrouve entre autres les anciens membres du posse « Gang Starr Foundation » (Group Home, Jeru The Damaja, Big Shug et Freddie Foxxx) mais aussi Nitty Scott qui s’amuse à répondre aux avances de Guru sur « Get Together », ou encore Royce Da 5’9’’, partenaire de Preemo au sein du groupe Phryme, qui vient détruire le micro sur « What’s Real ».
L’album se termine avec « Bless The Mic ». Un titre dans la pure tradition Gang Starr qui commence ironiquement avec l’ extrait d’un spectacle de l’humoriste Sinbad s’amusant du fait qu’il n’imaginait pas qu’on assisterait à des réunions de rappeurs 20 ans après leur début…et pourtant nous voici 30 printemps après les débuts du groupe, en train d’écouter "One Of The Best Yet" qui fait totalement honneur à leur discographie impeccable. Rares sont les groupes qui ont maintenu un niveau de qualité aussi haut tout au long de leur carrière, et ce duo en fait clairement partie même 9 ans après la mort de leur MC emblématique. On ne peut donc que vous conseiller de vous jeter sur ce cadeau que l’on attendait plus, que vous soyez un nostalgique des 90s ou tout simplement un amateur de bon Hip Hop, vous ne serez pas déçu.
Meilleurs morceaux: « Lights Out » (ft. M.O.P.), « Bad Name », « What’s Real » (ft. Group Home & Royce Da 5'9''), « Family & Loyalty » (ft. J. Cole), « Bless The Mic ».
Mentions honorables:
Black Moon - Rise Of Da Moon
Murs - The Iliad Is Dead & The Odyssey Is Over
Dreamville - Revenge Of The Dreamers III
Ras Kass - Soul On Ice 2
Joell Ortiz - Monday




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