L'an 2000 à travers les "hip hop quotables" de The Source Magazine
- Big Mo

- 14 avr. 2020
- 12 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 avr. 2020

Pour les plus anciens qui suivent notre site, l'an 2000 ne paraît pas si loin que ça. Nous nous souvenons tous de cette période un peu hybride où le rap très "street" de DMX cohabitait en tête des ventes avec les singles plus légers (mais tout aussi bons) de Jay-Z ou les hymnes Westcoast produites par Dr. Dre. Pourtant, nous sommes maintenant 20 printemps plus tard et même si la culture Hip Hop est plus forte que jamais, force est de constater que la musique a beaucoup évolué depuis. Je vous propose ici de vous faire un petit instanné de la première année du nouveau millénaire en revisitant les "hip hop quotables" parus dans The Source Magazine cette même année. Pour les plus jeunes d'entre vous, ces "hip hop quotables" décernaient chaque mois le titre du meilleur couplet, et à l'époque, c'était une récompense très convoitée. Le but de cet article n'est pas d'analyser ces couplets ayant reçu ce grand honneur, mais plutôt de se souvenir qui étaient les acteurs majeurs de l'époque, et de voir ce qu'ils sont devenus aujourd'hui.

Janvier: Eminem - Forgot About Dre
Aout: Eminem - The Way I Am

Il y a 20 ans, Eminem était encore un jeune artiste qui venait d’exploser avec son premier album sorti chez Aftermath « The Slim Shady LP ». Profitant de son buzz énorme de l’époque, il était tout naturel qu’il vienne épauler son mentor Dr. Dre sur l’album qui marquera son retour triomphant 7 ans après « The Chronic ». Sur ce morceau en particulier, Slim nous montre sa grande technique avec un flow qui évolue tout au long de son couplet et son refrain devenu culte. Il sortira quelques mois plus tard son « Marshall Mathers LP » qui deviendra l’un des albums les plus vendus de l’histoire du Hip Hop, porté par des singles efficaces tels que « Stan » ou encore « The Way I Am ». 20 ans plus tard, Eminem jouit toujours d’une bonne popularité même si cela fait très (très!) longtemps qu’il n’a pas sorti un bon projet, et qu’il ne s’attarde que sur sa technique sans vraiment se préoccuper du fond. Heureusement, il continue de mettre en lumière des artistes excellent, en témoigne son appui au trio Griselda (Benny The Butcher, Westside Gunn & Conway The Machine).
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Février: Prodigy - Quiet Storm

A la fin des années 90, Mobb Deep était au zénith de leur carrière, sortant de 2 albums salués par la critique et adulés par le publique. L’arrivée de leur 3e album était donc très attendue et Prodigy et Havoc livrèrent un autre classique qui est souvent considéré comme le dernier grand album de Mobb Deep (sans compter l’album solo de Prodigy « H.N.I.C. ») clôturant la trilogie avec « The Infamous » (1995) et « Hell On Earth » (1996). Extrait de ce projet, le morceau « Quiet Storm » est devenu un classique culte avec un beat reconnaissable dès le premier coup de tonnerre qui ouvre le son et 3 couplets de P qui flirtent avec la perfection. Pour la petite histoire, Prodigy a écrit ce morceau un soir ou Havoc et Big Noyd ont préféré aller s’amuser en club plutôt que de rester en studio. Il avait l’intention d’en faire un morceau phare de son album solo, mais à leur retour, Hav est tellement impressionné qu’il supplia P d’intégrer la chanson à Murda Muzik. Au final, le morceau et son remix avec Lil Kim porteront l’album qui rapportera le premier disque de platine au groupe. Malgré quelques projets moins plébiscités, une signature peu appréciée par les fans chez G-Unit, et un passage en prison, le duo continuera de construire une carrière plus que solide jusqu’au décès de Prodigy en 2017. Presque 30 ans après leurs débuts, Mobb Deep est reconnu comme l’un des groupes les plus emblématiques du rap New Yorkais et nous attendons aujourd’hui la sortie de leur album final qui terminera l’aventure de ce duo mythique avec nous l’espérons un projet à la hauteur de leur légende.
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Mars: Rza - The Grain

En 2000, la Wu Tang Mania est quelque peu redescendue après avoir atteint son zénith en 1997 avec le double album Wu-Tang Forever. Nous sommes donc dans la 2e vague des albums solo, mais jusque là, la qualité n’est pas au même niveau que la première salve qui permit la domination du Wu pendant une bonne partie des 90. C’est dans ce contexte qu’arrive le 2e album de Ghostface Killah : « Supreme Clientele ». Même si Rza est peu présent à la production (4 morceaux), c’est lui qui s’occupe de mixer et d’arranger les prod envoyée par les autres producteurs présents sur le projet, ce qui permet d’avoir une bonne cohérence et une vibe qui colle parfaitement au style du groupe de Shaolin. L’opus devient un classique et redonne ses lettres de noblesse au Clan de Staten Island dans un moment où ils étaient en perte de vitesse. Le groupe continuera de sortir un bon nombre de projet pendant les 20 années qui suivront, et même si ils ne retrouveront plus le haut niveau d’excellence qu’il avait dans les 90s, le Wu est souvent considéré aujourd’hui comme l’entité la plus mythique de l’histoire du Hip Hop et continue de fasciner génération après génération….Rza réalise des films, Method Man est devenu une véritable icône, des documentaires et séries TV racontent leur histoire, l’exemplaire unique de leur album « Once Upon A Time in Shaolin » s’est vendu pour 2 millions de dollars et les salles de concert sont remplies dès qu’une tournée est annoncée…Wu Tang really is forever!
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Avril: Beanie Sigel - What Ya Life Like

Porté par Jay-Z, Roc-A-Fella était au début des années 2000 un label en pleine explosion. Avec ses associés Dame Dash et Biggs, ils sont responsables d’un grand nombre de hits des années 2000 et de l’explosion de plusieurs grands rappeurs tels que Freeway, Kanye West, et bien sûr Beanie Sigel. Ce dernier était considéré comme le plus talentueux des rappeurs de l’équipe (excepté Jigga bien sûr) et était promis à une grande carrière. Il sortira 6 albums entre 2000 et 2012 (certains de grande qualité, d’autres moins), mais son parcours sera largement freiné en 2014 lorsqu’il se fera tirer dessus à plusieurs reprises. Ses poumons seront gravement touchés et cela aura un impact important sur sa voix et sa manière de rapper. Aujourd’hui Sigel est considéré comme un OG très respecté et fait quelques apparitions ci et là, mais sa carrière semble être au point mort, comme celles d’une bonne partie de l’équipe de The ROC qui paraissait innarrêtable il y a 20 ans. Les seuls vrais rescapés de cette aventure à être toujours d’actualité en 2020 sont les géants Kanye West et Jay-Z dont les carrières parlent d’elles mêmes…
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Mai: Common - 6th Sense

Au moment de la sortie de son album « Like Water For Chocolate », Common est encore considéré comme un excellent MC mais n’a pas encore connu de grand succès commercial. Possédant déjà plusieurs classiques dans son catalogue, il enchaine les albums de grande qualité sans arriver à faire décoller ses ventes. Après avoir travaillé énormément avec NO I.D. sur ses précédents albums, il décide pour celui là de changer d’équipe et intègre le crew des Soulquarians (avec Questlove, D’Angelo, Talib Kweli, Mos Def, Q-Tip, Erykah Badu, J Dilla, Bilal & James Poysner). L’ensemble de l’album sera donc produit par l’entourage Soulquarians, excepté le titre « 6th Sense », produit par DJ Premier. Et c’est ce morceau qui fera grand bruit lors de sa sortie. Le mélange des rimes de Common, sur une production vintage de Preemo et le refrain soulful de Bilal sera une parfaite réussite. Encore une fois une petite anecdote intéressante: à la base c’est Mary J. Blige qui était sensée chanter le refrain du morceau, Bilal avait enregistré le « reference track » pour que Mary repose sa voix en calquant la mélodie chantée. Mais sa maison de disque refusa de donner son autorisation et c’est donc la voix de Bilal fut gardée sur la version finale. Ce single, ainsi que le classique « The light », porteront l’album de Common dans les charts et finiront par lui apporter son premier disque d’or et le succès commercial mérité qu’il attendait. De nos jours Common continue de nous faire des albums en général de très bonne qualité et reste un rappeur très respecté . Il se fait également une bonne place dans le monde du cinéma, aussi bien sur les bandes originales de films (il ira jusqu’à gagner un Grammy pour sa chanson « Glory » tirée de la BO du film « Selma »), que sur les écrans où il se développe en tant qu’acteur bien plus convaincant que la plupart des rappeurs qui se lancent dans l’acting.
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Juin: Big Pun - Drop It Heavy

Au moment où sort ce Hip Hop quotable dans l’issue de The Source du mois de Juin, Big Pun est déjà décédé d’une crise cardiaque depuis le mois de Février de la même année… Un choc qui chamboula le monde du Hip Hop à peine remis du départ de 2Pac et Biggie. Pun aura une carrière courte mais un impact énorme. Des dizaines de MC tenteront de dupliquer son style sans y arriver. Il était un peu vu comme le posse cut killer, celui qu’on voulait avoir sur sa chanson mais qui faisait peur à tout le monde. On ne compte plus les sons où il démembra les autres rappeurs présents comme sur « John Blaze », « Banned From TV », « Firewater », ou encore « Wishful Thinking » (je vous invite à lire notre top 50 des meilleurs posse cuts de l’histoire si vous voulez en savoir plus). Malheureusement, le monde ne connaitra qu’un album véritablement terminé de sa part, le monstrueux « Capital Punishment ». Le second album « Yeaaah Baby » était quasiment terminé lorsque son auteur nous quittera. Cependant, ses proches de Terror Squad et ici D.I.T.C. continueront de faire vivre sa légende en réutilisant quelques uns de ses couplets à titre posthume. Ici il s’agit de « Drop It Heavy », sorti à l’origine sur l’album « Full Scale » de Show & AG et repris ici sur l’album « Worldwide ». Après avoir été le premier artiste latino Hip Hop solo à faire disque de platine, Dieu seul sait à quel point sa carrière aurait pu être incroyable.
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Juillet: Redman - Hostility

Redman est un des plus grands MCs des années 90s (et de l’histoire). Au début du nouveau millénaire, le Funk Doc est dans un renouveau de sa carrière grâce à l’énorme popularité du duo qu’il forme avec Method Man. Leur album « Blackout » sorti en 1999 est un carton et leur titre mythique « How High » donnera même naissance à un film du même nom en 2001. Autant dire que si, à cette époque, il n’est pas au top de son art niveau qualité, il l’est largement au niveau commercial et popularité. Redman était tellement bankable qu’il était demandé de partout, que ce soit dans le Hip Hop ou sur les singles d’artistes tels que Pink ou Offspring. Cependant, il n’a jamais oublié ses racines et son énorme succès ne l’a jamais empêché de continuer ses lyrical murders comme ici sur l’album de son mentor Erick Sermon. Redman est peut être la seule figure de l’histoire du Hip Hop (avec Snoop) à pouvoir participé à des projets ultra pop sans perdre une once de crédibilité. Aujourd’hui même s’il n’est plus autant prolifique, il reste souvent cité parmi les « rappeurs préférés de ton rappeur préféré » et reste l’un des meilleurs performers qui soit.
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Septembre: LL Cool J - Where I Belong

Dans une ère où les carrières sont souvent éphémères, il est difficile d’imaginer qu’en l’an 2000 LL Cool J avait déjà une carrière de plus de 15 ans derrière lui! Il est souvent cité comme l’un des meilleurs MCs ayant emergé dans les années 80s et a continué de sortir de nombreux hits dans les années 90. Beaucoup auraient pu croire qu’il ralentirait la cadence pour se mettre en retrait forcé comme beaucoup des grandes figures des eighties qui n’ont pas vraiment réussi à s’ajuster à l’évolution du Hip Hop. Et pourtant Todd Smith revenait 16 ans après son premier single avec un album au titre qui inventa un acronyme qui est encore utilisé aujourd’hui: G.O.A.T. (Greatest Of All Times). Un nom qu’il peut réclamer de manière assez légitime si on parle de longévité. Avec presqu’une quinzaine d’albums et une carrière qui s'étale sur 36 ans, Cool James est aujourd’hui plutôt tourné sur le cinéma et la TV et continue d’enchainer les rôles. Mais ne croyons pas qu’il ait tourné la page sur sa vie de MC puisqu’il a récemment annoncé sa signature avec Def Jam, le label qui a lancé sa légende, et des rumeurs d’albums avec Dr Dre circulent depuis un moment (mais bon, quand Dre est impliqué dans une rumeur, on sait ce que cela veut dire…..). LL Cool J est à un point de son parcours où vendre des disques n’est plus vraiment important pour lui…son travail à l’écran fait qu’il peut se permettre de faire de la musique uniquement par plaisir, et il restera quoiqu’il arrive une icône intemporelle de cette culture Hip Hop que nous aimons tant.
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Octobre: Big L - 98 Freestyle

Considéré comme le « Punchline king » et une légende des battles (on raconte qu’il n’a jamais perdu) , Big L était promis à une carrière brillante. Il commença avec les Children of The Corn, un groupe de Harlem fondé avec entre autre les jeunes Ma$e et Cam’ron, mais c’est sa rencontre avec Lord Finesse lors d’une séance de dédicace qui changea sa vie. Il finit par intégrer le D.I.T.C. puis sortit son classique de l’underground « Lifestylez ov da Poor & Dangerous ». Malgré un succès commercial correct, Big L ne s’entend plus avec son label Columbia et décide de partir en indépendant en fondant son label « Flamboyant records ». Il enchaîne alors les apparitions et singles remarqués et travaille sur son deuxième album. Malheureusement, il n’aura pas le temps de terminer son projet puisqu’il se fera assassiné en février 1999…encore une fois le monde du rap est sous le choc. L’album « The Big Picture » sera terminé par ses proches et grâce à l’aide de grands noms qui viennent participer au projet par respect pour cet immense MC. Qui sait jusqu’où aurait pu aller L? Son vieil ami Jay-Z a même révélé qu’il était sensé signer avec lui pour une collaboration Flamboyant / Roc-A-Fella. Une chose est sûre, les rimes de Big L sont toujours aussi percutantes 20 ans plus tard et personne n’a oublié cet artiste qui, comme Big Pun, aura marqué la musique malgré une carrière tristement courte.
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Novembre: AZ - I Don't Give A Fuck Now

AZ est arrivé dans le game de manière fulgurante. Un seul couplet lui aura suffi à obtenir un contrat en maison de disque. Ce couplet n’est autre que sa collaboration avec Nas sur le fameux « Life’s A Bitch » (extrait de Illmatic). Suite à cette signature, AZ sort directement son premier album « Doe Or Die » qui est considéré comme un classique de l’âge d’or du Hip Hop. Très respecté par ses pairs et vu comme un grand lyriciste, mais il n’atteindra jamais un grand succès commercial. Ne s’entendant plus trop avec sa maison de disque « Noo Trybe Records », AZ décide de sortir volontairement un album bootleg nommé « S.O.S.A. (Save Our Streets AZ) » qui ne sera vendu que dans la rue pour recréer un buzz autour du MC qui cherche une nouveau label. Cela fonctionne tellement que l’un des titres de cet album pirate sera nommé dans les « Hip Hop Quotables » de The Source. Au début des années 2000, AZ est donc encore une rappeur très côté dans l’underground et relance sa carrière en retournant à la source dans les rues de New York. 20 ans plus tard, il est de moins en moins actif et continue de travailler sur la suite de son premier album « Doe Or Die 2 ». Mais force est de constater qu’il n’a plus vraiment l’aura qu’il possédait même si les fans continuent de rêver à un album en duo avec Nas, fantasme éternel qui dure depuis leur premier titre commun….
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Décembre: Sticky Fingaz - Money Talks

A la sortie de son premier album solo, Sticky Fingaz est déjà un vétéran avec près de 10 ans de carrière derrière lui. Arrivé officiellement en 1993 avec Onyx et l’album « Bacdafucup », leur style hardcore et « bruyant » fera l’effet d’une bombe et rencontrera un succès immédiat aussi bien critique que commercial. Ils se vantent d’ailleurs encore aujourd’hui d’avoir battu Dr. Dre aux Soul Train Awards. C’est donc après 3 albums de très bonne facture avec son groupe que Sticky décide de tenter une aventure solo. Et son buzz atteint son zénith après son apparition hyper remarquée sur « Remember Me », titre présent sur l’album « Marshall Mathers LP » d’Eminem. Les labels se livrent une vraie guerre pour avoir le rappeur dans leur équipe, et Aftermath qui est en pleine explosion est vu comme le grand favori, surtout après la sortie d’un titre sur les mixtapes de Sticky produit par Dre. Finalement, c’est Universal qui remportera la bataille. L’album recevra de très bonnes critiques et est considéré comme l’un des meilleurs albums concepts, mais les ventes ne seront pas à la hauteur des attentes. Même s’ils sont toujours respectés, Sticky et ses acolytes du Southside Queens ne retrouveront plus le succès de leur début, mais ils continuent de tourner dans le monde entier avec succès et de sortir des projets, notamment Snowgoons, un groupe de producteurs Allemands qui tentent de perpétuer la tradition boom bap des années 90s.
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Pour conclure on peut donc voir que cette génération était constituée de grands poids lourds qui pour la plupart sont aujourd’hui considérés comme des légendes ayant eu un très grand impact sur notre culture. Même s’ils ne sont plus aussi prolifiques, ils sont toujours en activité plusieurs décénies après leur début et on ne peut que saluer leur longévité et leur carrière. Rendez vous dans 20 ans pour voir si les grands noms d’aujourd’hui auront réussi le même tour de force! (nous ne sommes pas inquiets pour plusieurs d’entre eux! ;) ).







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